Émile Fontaine
(1905-1944)

Juste parmi les Nations
Righteous among the Nations

Capitaine des Forces françaises de l'intérieur (FFI)
Pseudonyme 'Tanguy'

Français

Les Justes parmi les Nations vivent dans le coeur et l'esprit de ceux qu'ils ont sauvés et des générations qui suivent.

Émile Adrien Fontaine est né le 10 février 1905 à Wignehies (Nord).  Il est le fils d'Émile Fontaine et de Marie-Angèle-Claire Sauvage.  Durant 1914-1918, son père avait connu les rigueurs du travail forcé dans les mines de Silésie en tant que prisonnier de guerre. Émile Fontaine se trouve dès lors dans l’obligation d’abandonner ses études pour venir en aide à sa mère et pour empêcher que la fermette familiale périclite. Après le retour de son père, il entre comme apprenti chez un maréchal-ferrant de Wignehies.

Il se marie le 29 septembre 1928 avec Julia Seele-Barbay, couturière de Verviers (Belgique).   Après son mariage, il prend en charge sa propre fermette.  Julia et Émile ont deux enfants : Émile et Adrienne.  


Le couple se sépare en 1937 et Émile, engagé dans le syndicalisme agricole, émigre avec sa mère vers le département de l'Aisne où il obtient un emploi de démarcheur à la coopérative agricole d'Aubenton.  Il reprend également une ferme à Buirefontaine, qui appartient à Camille Pierron, mère d'Annette, qui devient la nouvelle compagne d'Émile et avec qui, il a une fille, Annie. 

Émile Fontaine entre dans la résistance en 1941.  Il remplace Adrien Fournaise, après sa déportation.  Émile prend la relève comme chef de la résistance locale.


Avec son réseau, Émile Fontaine sauve des aviateurs alliés tombés sur le sol français, à regagner l'Angleterre via la Ligne Comète.   Le Dr Josso d'Aubenton qui fait partie de son réseau, jouera un rôle important, en transportant et en soignant les alliés.


En août 1943, Émile Fontaine est arrêté par des gendarmes.  Transportant des vivres dont il ne peut justifier la provenance, il est accusé de marché noir et emprisonné pour six mois de travail forcé aux Mazures.


En fait, les gendarmes l'ignorent encore mais Émile Fontaine, alias Tanguy, est capitaine dans les Forces françaises de l'intérieur (FFI) et chef de la Résistance dans le secteur de Signy-l’Abbaye, Liart et Rozoy-sur-Serre (4 cantons dans les Ardennes  et 4 cantons dans l’Aisne).  C'est pour les maquis locaux et les alliés qu'il a volé ces victuailles ...

Aux Mazures, Émile Fontaine découvre la détresse des derniers Juifs d'Anvers encore incarcérés au Judenlager, dont la plupart des codétenus ont déjà été déportés à Auschwitz-Birkenau en octobre 1942.


Fin 1943, Émile Fontaine s'échappe du camp des Mazures.  Lorsqu'il apprend qu'une deuxième déportation se prépare pour la nuit du 4 au 5 janvier 1944, il conçoit le projet avec ses amis résistants d'attaquer le convoi.  Le plan est réalisé (*). 


Des cheminots vont déverrouiller l'un des wagons partis pour le camp d'internement de Drancy, près de Paris, devenu le principal lieu de regroupement des Juifs de France avant leur déportation vers les camps de la Mort.

Dix hommes vont pouvoir sauter et trouver refuge. Émile Fontaine et son réseau les cacheront, chez les siens et chez d'autres personnes. Tous seront sauvés.



(*) Les implications de sa décision d'attaquer le convoi de déportés ne sont pas uniquement énormes au niveau humain, mais le sont au niveau historique.


Dans l’horrible tragédie des déportations de millions de Juifs d’Europe, il y a eu deux sauvetages héroïques sur des convois vers les camps de la mort.  En Belgique, le XXe convoi du 19 avril ’43 a été arrêté par trois jeunes résistants.   En France, l’intervention d’Émile Fontaine sur le convoi de Charleville à Drancy du 5 janvier 1944 avec les derniers Juifs anversois du Judenlager des Mazures, constitue la deuxième mission héroïque.   L’attaque sur le XXe convoi était une décision contre la volonté de la Résistance, qui considérait les risques trop élevés.   S’il est indéniable que le grand cœur d’Émile Fontaine est profondément ancré dans sa nature humaine et que sa décision était une décision individuelle, l’unicité de son acte est, qu’en tant que Chef de réseau, il est le seul à avoir formellement mis en marche la résistance à intervenir dans un convoi de déportés juifs vers les camps de la mort.  




Mais Tanguy sera trahi quelques semaines plus tard par un espion infiltré dans son réseau.  Il sera assassiné par la Gestapo sur le bord d'une route, à Besmont, le 30 mars 1944.

Deux ans après la Libération, le 15 décembre 1946, les Juifs d'Anvers sauvés par Émile Fontaine lui ont exprimé leur reconnaissance émue à Aubenton. Ils ont fait apposer une plaque commémorative en bronze, à l'hôtel de ville, lors d'une cérémonie du souvenir en son honneur.  

Mais leur profonde reconnaissance envers lui sera aussi transmise aux générations suivantes : les familles ne l'oublieront pas.  

En 2006, Émile Fontaine a ainsi reçu le titre posthume de Juste parmi les Nations pour avoir aidé des Juifs pourchassés pendant l'Occupation, au péril de sa propre vie.  
Sa compagne, Annette Pierron ainsi que la mère de celle-ci, Camille Pierron, ont aussi été reconnues comme Justes parmi les Nations.

La même année, une rue Émile Fontaine a été inaugurée à Aubenton. 

Le 30 mars 2024, une commémoration marquant les 80 ans de son assassinat et honorant sa mémoire aura lieu à Aubenton, en présence de sa famille et de personnalités.



Émile Fontaine
     (arch.pr.)

Tampon FFI - Secteur Signy l'Abbaye (utilisé vers la fin de la guerre/à la libération)

Émile Fontaine
     (arch.pr.)

Émile Fontaine
     (arch.pr.)

English

The Righteous Among the Nations live in the heart and mind of those they saved.  For generations.

Émile Adrien Fontaine was born on February 10, 1905 in Wignehies (North of France). He is the son of Émile Fontaine and Marie-Angèle-Claire Sauvage. During 1914-1918, his father had experienced the rigors of forced labor in the mines of Silesia as a prisoner of war.   Émile Fontaine therefore found himself obliged to abandon his studies to help his mother and to prevent the family farm from collapsing. After his father's return, he became an apprentice with a farrier in Wignehies.

On September 29, 1928, he married Julia Seele-Barbay, a seamstress from Verviers (Belgium). After his marriage, he took charge of his own farm. Julia and Émile have two children: Émile and Adrienne.

The couple separated in 1937 and Émile, involved in agricultural unionism, emigrated with his mother to the Aisne department where he obtained a job as a canvasser at the Aubenton agricultural cooperative. He also takes over a farm in Buirefontaine, which belongs to Camille Pierron, mother of Annette, who becomes Émile's new partner and with whom he has a daughter, Annie.

Émile Fontaine joined the resistance in 1941. He replaced Adrien Fournaise, after his deportation. Émile takes over as leader of the local resistance.

With his network, Émile Fontaine saved Allied aviators, fallen on French soil, to return to England via the Comet Line.   Dr Josso from Aubenton, who is part of his network, will play an important role in transporting and treating the Allied aviators.


In August 1943, Émile Fontaine is arrested by the police.  Carrying food of which he cannot justify the provenance, he is accused of black market activities and imprisoned for 6 months of forced labour at Les Mazures.  

At that stage, the police do not know that Émile Fontaine, alias Tanguy, is in fact a captain in the French forces of the interior (FFI - French resistance) and head of the Resistance of Signy-l’Abbaye, Liart and Rozoy-sur-Serre (4 regions in the Ardennes and 4 regions in l'Aisne).  He stole the food for his network and for the allied forces in hiding. 


At Les Mazures, Émile Fontaine discovers the miserable conditions in which the last Jewish men from Antwerp are still incarcerated at the Judenlager while most of their co-detainees had already been deported to Auschwitz-Birkenau in October 1942.

Émile Fontaine escapes from the camp of Les Mazures at the end of 1943.  When he finds out that a second deportation is imminent for the night of January 4-5, 1944, he makes a plan with his friends from the resistance to attack the convoy. The plan is carried out (*).

Railway workers unblock one of the wagons on their way to the internment camp of Drancy, outside of Paris.  This camp in Drancy is the main site where the French Jews were regrouped before their deportation to the Death camps.

Ten men manage to jump off and are brought to safety.  Émile Fontaine and his network hide these men, amongst other places at his own home.  All men are saved.




(*) The implications of his decision to attack the convoy of deportees are not only enormous on a human level, but also on a historical level.

In the horrific tragedy of the deportations of millions of Jews from Europe, there were two heroic rescues on convoys to the death camps. In Belgium, the XXth convoy of 19 April '43 was stopped by three young resistance fighters. In France, Émile Fontaine's intervention on the convoy from Charleville to Drancy on 5 January 1944 with the last Antwerp Jews of the Judenlager of Les Mazures, was the second heroïc mission. The attack on the 20th convoy was a decision against the will of the Resistance, which considered the risks too high. While it is undeniable that Émile Fontaine's big heart is deeply rooted in his human nature and that his decision was an individual decision, the uniqueness of his act is that, as Head of the local resistance, he is the only one to have formally set in motion a resistance network to intervene in a convoy of Jewish deportees to the death camps.





But Tanguy will be betrayed a few weeks later by a spy who infiltrates his network.  He will be assassinated by the Gestapo on the side of the road, in Besmont, on March 30, 1944.


Two years after the Liberation, on December 15, 1946, the Jews of Antwerp, saved by Émile Fontaine, express their emotional gratitude to him in Aubenton.  They had a bronze commemorative plaque placed at the town hall during a remembrance ceremony in his honor.  

But their deep feeling of gratitude towards him will be transmitted to the generations to come : the families will not forget him.


In 2006, Émile Fontaine thus posthumously receives the title of Righteous among the Nations for having helped Jews, hunted down during the Occupation, at the risk and loss of his own life.
His companion, Annette Pierron and her mother, Camille Pierron, are also recognized as Righteous Among the Nations.


The same year, a rue Émile Fontaine is inaugurated in Aubenton.

On March 30, 2024, a commemoration of the 80th year of his assassination and honouring his memory takes places in Aubenton in the presence of his family and high ranking officials. 

FR - Plaque originale à la Mairie d'Aubenton, inaugurée à Aubenton le 15 décembre 1946 en l'honneur d'Émile Fontaine par ses amis Juifs.

ENG - Translation of the commemorative plaque (see original photo above), inaugurated on December 15, 1946 at Aubenton in honour of Émile Fontaine by his Jewish friends.   

FR - Titre de Juste parmi les Nations (2006)
ENG - Title of Righteous among the Nations (2006)

       AUBENTON 30.3.2024

FR - Hommage à Émile Fontaine
ENG - Tribute to Émile Fontaine

FR - Tombe d'Émile Fontaine à Aubenton; photo prise lors de l'hommage donnée à Émile Fontaine marquant les 80 ans de son assassinat, le 30 mars 2024

ENG - Grave of Émile Fontaine in Aubenton; photo taken at the tribute to Émile Fontaine marking the 80th year of his assassination, on March 30, 2024

FR - Rencontre émouvante entre la famille Fontaine et les enfants de survivants juifs, grâce à Émile Fontaine et son réseau. 
Michel Grün, fils d'Henri Grün, sauvé par Émile Fontaine. Michel s'adresse à la famille d'Émile Fontaine le 23 octobre 2016 et leur dit 'vous êtes de la famille pour nous'. À sa droite se trouve Baronne Régine Suchowolski-Sluszny, Présidente du Forum des Organisations juives à Anvers.

ENG - Moving get-together of the Fontaine family and children of Jewish survivors, thanks to Émile Fontaine and his network.
Michel Grün, son of Henri Grün, saved by Émile Fontaine.  Michel addresses the family of Émile Fontaine on October 23, 2016 and tells them 'you are family to us'.
To his right is Baroness Régine Suchowolsky-Sluszny, President of the Forum of Jewish Organisations in Antwerp.